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La 1ère Communauté Médicale
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Philippe Cadic - Major P1 en 89/90

Quelle fac, quelle année ?

Je suis issu de la faculté de Tours, ville naturellement choisie puisque j’habitais à 5 kms chez Papa et Maman.
L’année de mon passage P1, ou plutôt les années furent 1988-1989 et 1989-1990 . La seconde fut la bonne.

Major bizut ou carré ?

Le nombre d’étudiants P1 à l’époque du passage avoisinait les 660/an à Tours. J’ai été reçu la seconde année. La première année, j’étais classé 250ième aux résultats de Février , puis 177e aux résultats de Juin. Il y avait en gros, si je me souviens bien, une différence de 30 places par point (Somme des notes). La seconde année de P1, j’étais major en février avec près de 10 points d’avance sur le second. Cette écart a fondu au second semestre où, bien que toujours classé major, il ne me restait que 25 centièmes de point par rapport au classé second.

Votre bac ? Votre mention ?

Les statistiques divulguées par la Fac de Tours me donnaient perdant dès le départ puisque je n’étais issu que de Terminale D avec simple mention assez bien, alors que les chances de réussite avec ce bagage avoisinaient les 30% maximum. Les stats de l’époque donnaient la part belle au Bac C mention AB ou plus. Je crois qu’avant tout, la motivation est capable de faire mentir les statistiques, puisqu’un pauvre dégénéré de BAC D pouvait passer devant tout le monde. Il est vrai que les méthodes de travail utilisées en terminale C sont des atouts indéniables qui font gagner du temps dans l’organisation du travail.

Une anecdote amusante : j’ai raté mon bac C une semaine environ après avoir été reçu P1. L’explication de ça est assez simple, j’étais tellement motivé par le fait d’avoir mon P1 que j’étais prêt à le passer 3 ou 4 fois. A Tours, seules deux inscriptions étaient autorisées et à chaque fois qu’une inscription était faite, la Fac apposait son tampon sur l’original du bac. Après 2 tampons, zou dehors. J’avais pensé à avoir un nouveau bac vierge de tampon pour recommencer dans une autre fac, d’où mon inscription en section Bac C en candidat libre. Comme les inscriptions au bac se prennent tôt, j’ai donc couru la course P1 et Bac C en même temps. Les équivalences D vers C me permettaient de ne passer que Math, Physique Chimie.

Ayant eu mon P1 avant de passer mon second Bac, je suis allé aux épreuves du second en touriste puisque le but P1 était atteint. Pour la petite histoire, j’ai eu 10/20 en physique chimie (raz duc...) et 9/20 en maths. Et je suis parti en vacances en Bretagne pour savourer un repos mérité après près de deux ans de boulot non stop. J’ai reçu des lettres urgentes de l’académie m’invitant au rattrapage pour le bac... Il m’attendent toujours... et du coup j’ai eu P1 en ratant mon bac C. Ma faluche commençait avec un échec :o)

Etiez vous en avance de classe ? A quel âge êtes vous rentré en P1 ?

Pas d’avance ni de retard. Rentré en P1 à 18 ans, tout naïf et plein d’idéaux. La P1 fait rapidement mûrir.

Avez vous une méthode de travail bien précise ? Pouvez-vous nous la décrire ?

La première année, j’ai gaspillé mes forces en travaillant dans pas mal de directions pour me former. L’analyse de l’échec P1 première année que j’ai pu faire était que l’objectif essentiel était la notation maximum par rapport aux autres. A Tours, la notation QCM est pondérée par la réussite. Réussir là où tout le monde réussit n’est pas très rentable, mais se planter là où tout le monde réussit est dangereux sur la note. J’ai bossé la seconde année avec l’optique de trouver les choses que le prof estime indispensables. C’est valable pour les QCM. Pour les questions rédactionnelles, j’étais parti du principe que les corrections sont faites sur une grille de mots clés à écrire. A Tours, les erreurs coûtent cher avec des retraits de points dans certaines matières. Mon optique était donc : trouver le maximum de mots clés pour la question, en éliminant les risques en cas de doute ou erreur possible. Le prof en face d’une copie note comme une machine face à une grille de réponses possibles. Mon tort la première année était d’avoir voulu faire détaillé et original (style travaillé des réponses....). La seconde année, je suis resté très concis (sujet verbe complément et mots clés indispensables) pour simplifier la correction d’un prof qui a devant lui un paquet de X centaines de feuilles.

A Tours, les examens sont calqués sur le cours des profs (sauf en maths, physique chimie) il n’y avait pas de surprises. Seul le cours suffisait. Un bon cours pris avec détail était suffisant. La première année, je me suis dispersé dans des bouquins qui parfois se contredisaient. La seconde année, je me suis cantonné à ce qui sortait de la bouche des profs, les TP et les annales.

Les annales sont un élément important car pondre des QCM nouveaux chaque année est difficile. Apprendre les annales par cœur, les faire des dizaines de fois permet de parfois mieux cerner le mode de fonctionnement des profs quand ils conçoivent les questions. Je disposais des annales sur 6 années.

Sur le plan de l’organisation de travail proprement dite : travail permanent 7j/7, 14 heures sur 24 (je suis d’un naturel assez lent pour apprendre avec surtout une mémoire visuelle, il fallait donc " imprimer " le tout en mémoire) . J’ai assisté à tous les cours sans exception, fréquenté tous les TP, surtout ceux qui étaient faits en petits groupes pour avoir une sorte de cours particulier avec accès facile au prof. 4 jours de vacances à Noël, 2 cinémas la première année et 10 jours de vacances en été la première année. Tous les cours de la journée devaient être appris le soir même. Les schémas refaits en anatomie jusqu’à la réalisation des dessins à l’instinct, les exercices TP refaits le soir et la méthode sue par cœur sur simple vision en diagonale de l’énoncé de l’exercice. La première année, j’ai pêché sur Math Physique Chimie (matière dont on ne se sert plus du tout après ;-) ). J’ai donc appris par cœur les méthodes de résolution de tous les exercices Math Physique Chimie de tous les bouquins PCEM , DEUG A & B première année (4 heures par jour durant les grandes vacances entre les deux P1 rien que pour les exercices math physique chimie). Du coup, les exercices étant souvent basés sur les mêmes concepts, je connaissais en gros les méthodes à utiliser pour mener à bien une réflexion mathématique sur un problème. Ma méthode était basée sur l’instinct visuel (telle tronche d’exo = telle méthode à employer). Ca m’a permis de faire un gain de temps important aux épreuves pour les exercices bateaux et de disposer de temps pour relire et finasser la présentation.

Un autre point important à Tours était le fait que les profs s’inspiraient largement des exercices des livres en les modifiant assez peu.

Pour les épreuves de Français, je me suis gamellé la première P1 avec des notes du genre 2 ou 3 sur 20, alors que j’étais plutôt bon élève en Terminale (Je suis devenu journaliste pendant mes études avec des publications nationales mensuelles, donc je ne doute pas trop de mon style à ce niveau). A Tours, il faut résumer un texte et faire une dissertation de philo médicale. Mon tort la première année a été d’avoir voulu être " stylish " et raffiné dans le style. La seconde année, je suis resté très simple : sujet verbe complément, éviction des risques faisant perdre des points (contre sens, hors sujet qui sabrent à mort). En fait, il faut garder à l’esprit que le correcteur dispose là aussi d’une grille pour noter les erreurs en points négatifs et pour ajouter des points sur les idées fortes du texte. Pour la dissertation, je dois avouer que j’ai triché sur ma vision du problème en tentant de m’approcher de ce que le correcteur attendait de la majorité. La Fac mettait en avant le caractère important de la dissertation pour juger de l’éclectisme et de la qualité morale du futur médecin en nous. En étant sincère, je me suis gamellé la première année. En trichant un peu sur ce que l’on pense, la seconde année, tout s’est bien passé : le paradoxe ! Il est aussi amusant de voir les commentaires de profs l’année suivante (en P2) dans les conseils de fac qui écrivent noir sur blanc que certains devoirs de dissertation de certains étudiants mettaient en évidence des troubles importants à type de " destructuration grave de la personnalité " contre-indiquant le passage en P2. Ils avaient une note de zéro. Je compte parmi mes amis médecins de " graves destructurés " de la personnalité dans les mains desquels je mettrais ma vie sans hésiter tellement ils ont de qualités humaines, largement démontrées au cours des études. Comment peut-on être humain, à l’écoute de l’autre et de la nature humaine dans une année où toute l’énergie est orientée à " bouffer " son voisin d’amphi ?!!!

Avez vous eu l’impression de forcer vraiment pour arriver à ce niveau ?

Oui indéniablement. Il faut particulièrement être fou pour tenter un concours de ce type. Plus de vie de famille pour ce qui me concerne, plus de sorties (on se rattrape en P2), une vie monacale, une moyenne de 12 à 14 heures de travail pour jour pour les moins avantagés par la nature. Le stress qui fait bosser plus. L’impossibilité de se jauger par rapport aux autres sauf aux 2 sessions.

Arriviez-vous à vous situer par rapport aux autres pendant l’année ? Sentiez-vous que vous étiez vraiment dans le coup ?

A ce propos, je me suis trompé les deux années. La première année, je pensais être dans les 150 premiers au premier semestre. 100 places d’erreur. La seconde année, je pensais être vers les 50 places. Bref, très dur de se situer pour ma part. La seule chose qui me rassurait, c’était la sensation de pouvoir répondre du tac au tac aux questions d’anat, math physique, aux annales des années précédentes. La sensation de déjà vu est plutôt rassurante la seconde P1, mais il faut se demander ce que l’on peut affiner. L’un des points importants est la possibilité de faire les annales avec une chronomètre pour respecter les conditions d’examen.

Avez vous quand même l’impression d’avoir eu de la chance aux examens ?

Non, la méthode de travail rigoureuse permet de limiter les risques. Ayant fait le choix du zéro impasse, j’étais, je crois, préparé à la majorité des questions classiques. Mais c’est assez difficile de parler de ça car j’aurais pu tomber sur des pièges non préparés.

Ensuite après le passage en P2, on se pose la question de savoir si la chance était de réussir au concours. Ca a un peu l’air de vouloir cracher dans la soupe, mais le second cycle et le troisième cycle d’études associé à l’internat de MG ou de SPE font réfléchir. Il s’agit d’une série de frustrations et de démotivation. Travail de nuit payé au-dessous du SMIC à BAC+3 jusqu’à BAC+5. Travail de secrétariat d’externe digne d’un BAC-2. Un total de BAC+6 interne payé dans les 12 KF pour des horaires frisant souvent l’illégal en droit du travail, la pression juridique après des gardes de plusieurs jours... La comparaison d’un Bac +3 en Droit, Economie, Bac +5 et au-dessus dans les filières Droit privé et la rémunération des étudiants qui en découle pour les stages laisse espérer que l’état travaillera un jour à un plus juste équilibre au profit des étudiants en médecine. La comparaison donne la nausée. La comparaison avec les filières dentaires (tronc commun PCEM1 à Tours) fait aussi sourire. Je me souviens d’une conversation entre deux étudiants de fin de deuxième cycle dentaire et de médecine sur leurs soucis respectifs. L’un était inquiet sur le choix à faire pour acheter sa voiture neuve. L’autre se tracassait pour des futilités de choix de stage hospitalier :o) . Il faut certainement se poser la question de sa volonté à vouloir pratiquer l’art médical avant de se décider à passer 8 ans (au mieux) dans un système universitaire plutôt (hum..) conservateur...

Un point qui a été non négligeable a été le fait que je suis allé demander aux profs des précisions sur les réponses, après la correction. En voyant le prof de bio cellulaire par exemple (nous étions 3 étudiants), on a exprimé calmement nos objections sur 4 ou 5 QCM en apportant des arguments ou articles. Ceci a personnellement fait sauter 3 ou 4 questions QCM que j’avais foirées sur le QCM. Les questions ont été retirées de la notation. Je pense qu’aller voir un prof en petit groupe de 2 ou 3 a été payant dans ce cas car nous nous sommes trouvés en face de qq’un de très ouvert, non braqué par une agression d’un grand groupe d’étudiants. Je ne regrette pas, car j’ai gagné des points précieux permettant d’assurer une moyenne de plus de 17/20 au concours.

Dans quel état psychologique avez-vous abordé cette année ? Plutôt " force tranquille " ou plutôt gros stress ?

D’un naturel anxieux, c’était plutôt le stress. J’ai passé la dernière session de P1 malade de stress... comme beaucoup d’ailleurs. Je ne crois pas faire exception. Méthode et gestion du stress pour en faire une force motrice donc.

Avez vous pris des cours annexes avant ou pendant votre P1 ? Quelle place accordez-vous à ces cours dans votre réussite ?

Je n’ai pas pris de cours de prépa. Personnellement, je crois que l’apprentissage d’une méthode de travail est de loin le meilleur atout. En plus, les prépas P1 coûtent cher. Je ne suis pas persuadé que les cours dispensés par des P2 ou D1 fraîchement sortis du concours soient idéaux. Je ne crois pas que la pédagogie soit innée. De plus, les étudiants sont recrutés sur des arguments financiers. Je crois personnellement plutôt au parrainage d’un ancien qui peut vous donner ses cours et quelques conseils qui ne doivent rester que des conseils. J’ai donné mes cours à une bizuthe l’année de ma P2. La recette magique est en vous, variant parfois d’une personne à l’autre, mais jouable sans prépa.

Avez vous travaillé seul ?

Non, avec mon chat en permanence sur un coussin à 30 centimètres. Il est décédé depuis mais ça a été mon partenaire pendant 2 ans. Je crois qu’il faut une présence de quelqu’un ou d’un animal. Je crois que la famille est un point important également en sachant comprendre la charge de travail, en sachant éviter les crises d’un étudiant stressé pendant une ou deux années. Sachant aussi soutenir dans les moments de découragement ou en cas d’échec. Il est assez dur pour une famille de mesurer la difficulté du passage du concours P1, mais bon...

De quel milieu êtes vous issu ?

Milieu classe moyenne. 2 parents profs de collège et lycée pro. Un médecin militaire dans la famille (peut être mon modèle inconscient) et une tripotée d’infirmières et sages-femmes mais en fait, je ne pense pas que cela ait joué.

Que tirez vous de l’expérience P1 ?

J’en tire la conclusion perso que le mode de sélection élimine à mon avis des personnes de grande qualité sur le plan de la relation humaine au profit d’une sélection par des matières pas si importantes que ça. Les juges appliquent une méthode de sélection de " tueurs " qu’ils n’ont peut-être pas toujours subie. Il faut bien faire un choix cependant. C’est une certaine population de médecins que l’on sélectionne. Je crois que l’avenir nous dira si c’est la bonne.

L’échec à la P1 n’est peut être pas un échec dans la mesure où on en sort avec une méthode de travail et d’organisation importante qui pourra servir dans bien des domaines. Ne pas réussir P1 n’est pas ne pas réussir sa carrière. J’ai bien failli bifurquer en droit privé en D3, après avoir suivi une formation en droit médical permettant une équivalence de deug de droit. (Les dates des examens de Licence de droit privé et des examens de médecine ont fait capoter mon projet d’un cursus de Droit après 2 inscriptions en Licence de Droit privé). Mais bon, j’ai fini mon internat de médecine générale cette année 2000 (après 3 DCEM3 suite à un trou de motivation depuis la P2), je suis marié et père d’une petite fille et je tente de faire vivre une société de services informatiques orientés santé (je fais de l’informatique depuis les années 81). Je souhaite rapidement ne plus exercer la médecine que par intermittence pour préserver la relation avec le patient et garder la pratique si chèrement acquise.
Durant mes études, j’ai constaté qu’on cherche à nous mouler tous conformes. Il existe de nombreuses voies de diversification de la profession, avec ou sans spécialité : médecine classique, industrie pharmaceutique, presse, droit médical, informatique médicale et presse médicale... Il ne faut surtout pas négliger les doubles formations qui assurent, pour ceux qui peuvent les mener de front, des débouchés très intéressants.

La place de major n’apporte pas grand chose dans les études, peut-être un respect initial de la part de ses collègues, mais il faut surtout rester nature et ne pas s’en faire un monde. Rester soi-même évite bien des désagréments.

Ca sera la conclusion de cette interview.

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